Encore un triste mois de juin

Après un mois de février éprouvant qui a vu Jean Rigal puis Bruno Bérardi nous quitter, il y a une semaine c’est Jean-Albert Bessières qui, à son tour, nous a laissé à notre propre solitude car c’est un très proche compagnon de route qui vient de disparaître.

Adieu l’Ami, Adieu Camarade, « C’est un joli nom Camarade », chantait jean Ferrat. C’est le nom que l’on donne à ceux qui partagent un même idéal. Pendant des années, cette camaraderie muée en amitié nous a unis dans la grande famille de ceux qui refusent la fatalité, dans la famille de ceux qui luttent parce qu’ils vivent.

Cette lutte, cette vie, tu les as  vécues jusqu’au bout. A peine y a t-il quelques jours, tu nous disais : « je dois aller signer des documents en mairie », cela malgré la fatigue, cela malgré la maladie contre laquelle tu as lutté jusqu’au bout. Tu as lutté contre  la maladie comme tu luttais contre l’injustice, comme tu luttais à la tête de ton syndicat pour le respect des droits dans le travail, comme tu luttais dans le Parti pour le respect  humain. Tu voyais, en tant que citoyen, dans  ton engagement politique le prolongement de tes luttes syndicales et ton rôle d’élu te paraissait fondamental.

Depuis ta retraite, tu t’y investissais totalement  avec pour objectif la défense et la promotion du service public  auquel tu avais consacré ta vie professionnelle. Ce service public, tu le voulais porteur de l’égalité des chances, de l’accès pour tous aux besoins nécessaires à l’existence, du développement et de l’équilibre des territoires, qu’ils soient urbains ou ruraux.

Bien que malade trop tôt, trop jeune, au moment où tu aurais pu prétendre à plus de liberté, à profiter davantage de la vie, tu continuais à porter en toi la volonté d’œuvrer pour un monde meilleur. Tu participais à la vie sociale et à la vie municipale en partageant avec chacun d’entre nous tes réflexions et ton expérience. Tu savais ainsi t’attirer le respect de nos jeunes adhérents aujourd’hui aux commandes de la section de Rodez. Tu étais le président des élus communistes et républicains de l’Aveyron. Tu étais encore candidat suppléant lors des dernières élections départementales, souhaitant ainsi, jusqu’au dernier moment, concrétiser ton engagement civique.

Jean-Albert, ton cœur, de trop avoir battu pour ton syndicat CGT ; de trop avoir battu pour ton parti, le Parti Communiste ; de trop avoir battu pour  Rodez et les Ruthénois qui te le rendent bien ; ton cœur ,de tant avoir battu pour ta famille, pour  ton épouse Liliane, pour  tes enfants et leurs conjoints, pour tes petits enfants dont tu nous parlais avec fierté ; ton cœur, de tant avoir battu pour affronter la maladie en toute lucidité, avec  courage,  « le courage, c’est aimer la vie et regarder la mort d’un regard tranquille » disait J. Jaurès ; ton cœur, de tant avoir lutté, s’est  finalement arrêté lundi matin, alors que tu dormais encore , mais tu demeureras présent dans le nôtre qui éprouve l’immense vide de ton départ.

Ainsi, adieu camarade, adieu l’ami de longues années de luttes, de déceptions et d’enthousiasmes. Que ta famille puisse trouver dans ces quelques mots un peu de réconfort. Nous sommes et serons à ses côtés. Quant à nous, de poursuivre tes engagements sera la meilleure façon de continuer à leur donner du sens, car ainsi que l’écrivait Louis Aragon : « Lorsque les choses ne sont plus, ne sont  qu’un souvenir, je vous le dis à vous qui avez encore le temps de profiter de cette leçon mêlant les rêves et la vie, il faut savoir  voir plus loin que soi ». Merci pour tout ce que tu as été, pour tout ce que tu nous as apporté et pour tout ce que tu demeureras en nous, Jean Albert.

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