Paul Eluard: JUSTICE

Bien sûr, il y a  inévitablement des agitateurs ou des groupuscules qui essaient de récupérer ou de discréditer le mouvement de colère actuel en agressant des journalistes et en jetant des  clandestins en pâture à la vindicte afin de préparer le lit de ceux qui n’ont d’autre but que de nous acheminer vers une société dont nous ne voulons pas.

J’ai, comme tout un chacun a pu le faire, rencontré des « gilets jaunes » sur les giratoires. Ils avaient envie de s’exprimer. J’ai volontiers recueilli quelques propos formulés plus ou moins ainsi:

« Nous voulons que ça change. C’est insupportable. Nous gagnons peu et en fin de mois nous n’y arrivons plus. Nous irons jusqu’au bout ».

Cela va au-delà de la simple jacquerie. C’est une réelle  détermination. En effet, que sont devenues les promesses? Près de 40 milliards sont allés au CICE avec pour seuls résultats  l’accroissement des dividendes et le  peu d’effet sur la baisse du chômage, près de 70 milliards s’évaporent  annuellement en  fraude fiscale, et on soutire encore 2 ou 3 milliards supplémentaires dans la poche de gens modestes qui utilisent, faute d’autres moyens de déplacement, leur véhicule pour se rendre au travail.

Alors que cela est justifié officiellement afin de préserver l’environnement, à peine le tiers du montant des taxes ainsi soustraites est fléché vers cet objectif, le reste devant alimenter le budget afin de réduire la dette d’Etat pour le plus grand profit des banques.

 Il m’est apparu qu’au-delà de la diversité de leurs opinions, deux sentiments dominent.

Il y a inévitablement le sentiment d’injustice, le ressenti que tout va dans la poche d’un petit nombre et que la grande masse est ponctionnée jusqu’à, parfois, ne plus pouvoir faire face à l’essentiel pour enfants et famille.

En 1940, années noires, dans le Livre Ouvert 1, Paul Eluard écrivait:

 Justice
"Lourde image d'argent misère aux bras utiles
A l'ancienne à la simple on mangera les fleurs
Ceux qui pleurent de peine auront les yeux crevés
Et ceux qui rient d'horreur seront récompensés" 

Merci Paul, mon camarade que je n’ai pas connu, d’avoir ainsi su le dire. C’est on ne peut plus actuel.

Il y a de plus une immense défiance à l’égard des partis politiques et des syndicats dont ils estiment que tous, certainement à tort mais c’est aussi le ressenti, ont démérité et n’agissent que dans leur propre intérêt.

Ceci doit  nous interroger, nous conduire à nous remettre en question. Il faudra bien en tout état de cause trouver un débouché acceptable sinon à se jeter dans les bras des démagogues du type brésiliens, états-uniens ou parfois européens ce qui conduirait inévitablement à une impasse et pourrait devenir dramatique, une sorte de retour, même si en principe l’histoire ne se répète pas deux fois de façon identique, à la fin des années 1930.

"Remember! Souviens-toi"

de Charles Baudelaire: Flowers of Evil -Fleurs du Mal.  

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