Non,ce n’est pas une réminiscence du 2°tour des présidentielles de 1969 entre Pompidou et Poher mais, pour les plus de cinquante ans qui s’en souviennent encore, du slogan quant au non-choix possible entre la peste et le choléra rendu célèbre par Jacques Duclos. Il s’agit bien de littérature permettant d’éclairer l’actualité.
« Le docteur regardait toujours par la fenêtre. D’un côté de la vitre la douceur du printemps, et de l’autre côté le mot qui résonnait encore dans la pièce: la peste….Le docteur s’impatientait. Il se laissait aller et il ne le fallait pas. Quelques cas ne font pas une épidémie et il suffit de prendre des précautions. Il fallait s’en tenir à ce qu’on savait, la stupeur et la prostration, les yeux rouges la bouche sale, les maux de tête, les bubons, la soif terrible, le délire…et au bout de tout cela….oui au bout de tout cela, on était pendu à un fil…Le mot ne contenait pas seulement ce que la science voulait bien y mettre…mais une longue suite d’images extraordinaires…Non, tout cela n’était pas encore assez fort pour tuer la paix de cette journée. » Albert CAMUS – La Peste- (1947)
Le roman de Camus décrit de la ville d’Oran totalement isolée par la peste et se penche sur les attitudes diverses de sa population face à cette situation de détresse: une allégorie renvoyant aux divers comportements lors de l’Occupation.
« Angelo pressa son cheval dans l’idée qu’il trouverait peut-être là un pays moins dévasté…. Il s’approchait de la grande vallée quand il vit devant lui la route barrée par des tonneaux avec lesquels on avait fait une sorte de barricade. On lui cria de s’arrêter. « Halte je te dis lui cria une sentinelle et ne bouge plus sinon je t’envoie du plomb dans les côtes. As-tu une billette? ». Comme Angelo ne comprenait pas, l’homme lui expliqua que c’était une sorte de passeport que le maire du village devait lui donner et sans lequel on ne le laisserait pas passer. « Et pourquoi? lui dit Angelo -C’est pour certifier que tu n’es pas malade et que tu n’apportes pas le choléra dans tes poches ». Bougre, se dit Angelo, ce n’est pas le moment de dire la vérité: « Je l’apporte si peu…que j’étais dans la montagne et que je ne suis pas retourné au village, c’est pourquoi je n’ai pas de billette ». Jean Giono – Le Hussard sur le Toit – (1953)
Jean GIONO-Le Hussard sur le Toit- 1953
Peu d’années après Camus, Giono, sur le même thème, narre une épidémie de choléra touchant la Provence sous le règne de Louis Philippe. Sous forme d’aventure captivante l’auteur relate une catastrophe qui s’abat sur les gens et les réactions humaines qu’elle déchaîne.
Deux grands romans à relire avec plaisir et surtout à méditer.

