François RABELAIS: « Mieux vaut en rire qu’en pleurer » [préface de Gargantua]

A propos de brèves dans l’actualité déchaînée 

Emmanuel MACRON : « En marche!». Certes mais l’autre Manuel attend le faux-pas. La presse, parfois cruelle, s’interroge avec humour : « Jeu de l’ego ? ». Manuel et Emmanuel sont étymologiquement les envoyés de Dieu. Dieu, Normal 1°, aurait-il ses propres frondeurs ?

Manuel VALLS en réponse: « l’opposition droite/gauche est un beau clivage ». Qui l’eût cru ? « je suis cuit, je suis cuit, disait-il comme en songe. Le menteur n’est jamais cru » [Alphonse Allais]. Humour ou ironie ? Belle recette culinaire.

DIEU, alias NORMAL 1°: en réponse à Macron devant le Parlement européen : « Moi, je cours ». Certes aussi, mais pour quelle écurie ? « L’art de gouverner consiste à prendre le plus d’argent possible à une catégorie de citoyens afin de le donner à une autre ». [ citation de Voltaire reprise par Wikipédia]

Jean-Paul COFFE :  Dans ce listing, c’est l’intrus. Il ne faisait pas de politique. Il roulait pour Lidl. Il a tiré sa révérence. Nous risquerions désormais de « bouffer de la M…. » , cela en toute ignorance, l’esprit serein s’Il ne nous restait Le Sauveur, JOSE, pour nous mettre en garde, pour nous préserver des aigreurs d’estomac. Ce n’est pas de l’ironie, c’est un OGM : Le chevalier blanc nouvellement ami du képi blanc veille sur notre sécurité. « Tiens v’la du boudin… ».

LA BRUYERE : « Les esprits forts savent-ils qu’on les appelle ainsi par ironie ? » [Les Caractères]

Ironie communiste? D’aucuns vont me dire : « Tu tapes sur la Gauche, tu as oublié la Droite ! ». D’abord quelle gauche ? Celle qui est mal latéralisée ? Que voulez-vous, j’ai (re)visité Rodez à pied ces jours-ci et ce n’était ni un pas de droite ni un pas de deux. C’était pour une vraie Gauche dont font partie beaucoup de mes camarades, y compris de nombreux socialistes. A eux aussi de faire le ménage.

« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur »             [Figaro, le vrai, celui de Beaumarchais]

Sur le blog de: guydrillin.com

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Semaine de la langue française: entre signifiant et signifié.

Claude Simon, prix Nobel 1985, écrivait:« On ne peut rien dire ou écrire qui n’ait du sens. Dès le moment où il y a parlé ou écrit, il y a production de sens….C’est inévitable » et il ajoutait, reprenant l’image du miroir de Stendhal: « Mon propos, c’est de fabriquer un objet, disons scriptural -comme on dit un objet pictural- où les diverses parties s’équilibrent, où il y ait un jeu de miroirs, des renvois, que ça fasse un tout équilibré, bien construit ». Cela ouvre vers « des mondes possibles et transformables » d’après Marie-José Mondzain, philosophe, dans la postface  de « Education populaire, une utopie d’avenir (Equipe Cassandre) ».

L’idée, pour n’être pas nouvelle, vient cependant nous rappeler que le texte, et pas simplement le texte  littéraire, le film, le portrait ou tableau, l’œuvre musicale, sont fondamentalement polysémiques c’est-à-dire porteurs de pluralité.

« En effet, même s’ils semblent parfois « coller » à notre propre vision du monde, ceux –ci ne  décalquent pas un monde réel mais le réinventent ». S’ils nous fournissent un intense effet de réel, ce n’est qu’un leurre ou une coïncidence. « C’est parce que nous avons l’impression qu’ils comblent nos vides ou nos aspirations« , expliquent Jean-Claude Lebrun et Claude Prevost dans « Les nouveaux territoires romanesques » (Ed. Messidor).

Pour illustrer cela, ainsi en est-il, selon l’analyse de François Rastier« sens et textualité », du roman de Balzac «  la Cousine Bette » qui se veut a priori présentant  une critique réaliste et ironique des mœurs de la bourgeoise décadente du milieu du XIX° siècle. Le romancier narre les frasques amoureuses du vieillissant Baron Hulot qui ruine sa famille au profit de ses nombreuses maîtresses. Or, pour résumer succinctement la trame, au-delà de l’intrigue elle-même, le Baron Hulot (La Hulotte) a délaissé une artiste La Fauvette habitant rue Vanneau, première histoire d’oiseaux. Il prend pour nouvelle maîtresse Madame Marneffe surnommée La Souris. On change de registre, on entre chez les félins car La Souris nomme affectueusement Hulot « Mon Pauvre Chat », vocatif qui pourrait passer pour tel s’il n’évoquait crûment la façon dont elle plume l’ex-hulotte. Ou encore  le nomme-t-elle « Mon beau châtain » termes qui ne vont pas sans souligner cruellement par homophonie l’artifice qu’utilise le Baron pour se rajeunir. La Souris se joue continuellement du Chat.

Une fois la hulotte plumée, la Souris convoite la jeunesse du Comte Steinbock (Bouquetin en Allemand) marié à la nièce de Hulot « La petite Chèvre » ainsi désignée du fait de son caractère capricieux. Or, la Cousine Bette (diminutif de Elizabeth) que Hulot nomme quant à elle « Ma Chèvre » car elle est constamment vêtue d’un manteau en peau de chèvre complété par un foulard en cachemire, est secrètement amoureuse du Comte Steinbock. La chèvre aime le Bouquetin. jalouse des visées de la Souris sur le Comte et voulant aussi protéger la petite chèvre, la Chèvre décide donc d’écarter sa rivale –devinez comment- en lui faisant absorber de la mort aux rats.

De l’apparent roman réaliste d’une époque à cet incroyable bestiaire, on peut penser que  Balzac s’est délecté en usant de la métaphore filée. Les images des personnages et des animaux, humanité et animalité mêlées, se superposent dans une subtile complexité qui pourrait échapper à une lecture superficielle. Le roman, selon Stendhal « miroir promené le long d’un chemin », n’est pas l’image la plus adéquate pour en rendre compte.  Simon évoque plutôt un jeu de miroirs qu’un miroir unique.

Cette analyse parmi d’autres permet d’entrevoir la puissance possible que ce procédé d’écriture textuelle ou graphique peut exercer sur les esprits,  par exemple dans le domaine de la publicité qui a pour enjeu des échanges commerciaux ou dans le domaine politique pour « faire passer » insidieusement des contenus volontairement masqués. Je pense en particulier  au choix de l’image et du commentaire lors des journaux télévisés ou d’émissions qualifiées de reportages et se parant d’une objectivité de façade.

Peut-on échapper à cela ? Lire et décrypter, qu’il s’agisse de lire du texte ou des images, est un acte infiniment complexe, nous offrant des possibilités séduisantes d’informations ou d’évasion mais pouvant aussi modifier notre vision du quotidien, décalage qui ne nous laisse jamais intact.

C’est pourquoi notre réflexion doit en permanence être affûtée au contact des lectures, des expositions, des spectacles, des concerts dont Le Grand Rodez offre désormais une large palette. C’est ce qui justifie la nécessité de maintenir une programmation de haut niveau à La Baleine. Cette volonté relève avant tout d’un acte citoyen formateur, un acte qui permet l’ouverture à la  critique et ne se satisfait pas d’une simple animation ayant pour objectif le seul divertissement même si celui-ci est à prendre en considération. Est-il nécessaire de rappeler que Jonas est sorti transformé de l’estomac du cétacé d’où le choix du nom de cette salle et l’ambition que nous affichions dès son ouverture d’en faire un point de confrontations culturelles.

Je ne peux donc, comme de nombreuses autres personnes, que me réjouir de voir la future programmation entrer dans le cadre d’une « scène conventionnée » où les différentes parties auront, espérons-le, voix au chapitre. Dans ces conditions, le cétacé qui a su affronter vents et marées contraires ,selon la devise de la ville de Paris « fluctuat nec mergitur » et son emblème le vaisseau, pourra poursuivre sa traversée dans des eaux plus sereines.

Centre Presse du 20 janvier 2016Onet: La Baleine risque-t-elle s’échouer?  Centre Presse du 20 janvier 2016 p.52016-03-02_RODEZ_CP_UneOnet: Les animaux ont leur ange gardien. Centre Presse du 2 mars 2016 p.5

OUF! La Baleine sauvée? Les Séraphins voleraient-ils au secours du cétacé? Ou bien, comme le disait Albaladejo, auraient-ils changé d’âne?

En parcourant la Presse déchaînée: Humour noir pour Ange blanc?

Victor HUGO: « ET NOX FACTA EST » [dans La Fin de Satan] ou les convulsions d’un cétacé.

Dur à entendre, et surtout à admettre, pour tous ceux qui ont souhaité faire de La Baleine un outil de rayonnement culturel pour la ville d’Onet et pour Rodez Agglomération, pour tous ceux qui ont oeuvré à la conception et à l’ouverture de cette salle, pour tous les musiciens, les danseurs et les artistes,les professionnels intermittents ainsi que les spectateurs, pour tous ceux qui à ce jour ont unanimement salué les qualités scéniques et acoustiques, il est dur de s’entendre dire que les 300 000 € de programmation sont insupportables et qu’il vaut mieux consacrer ces sommes à la sécurité.

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Quel est le problème d’insécurité à Onet? J’étais moi-même vice- président du CISPD et je peux affirmer sans risquer d’être démenti qu’il ne s’y passait rien qui puisse justifier une telle alarme sinon à trop écouter les medias et se croire cerné, comme dans telle ou telle banlieue réputée « chaude », de révoltes incontrôlables.

De plus, lorsque j’entends, et cela peut s’entendre, que le coût de la programmation est trop élevé face aux désengagements financiers de l’Etat envers les collectivités territoriales, je suis convaincu que, dans le cadre de l’intercommunalité, puisque la salle répond clairement à un besoin avec un remplissage de 70 à 80% de Grands Ruthénois pour des spectacles de qualité qu’on ne retrouve pas ailleurs, qu’une convention avec l’agglomération pourrait aider au financement tout en préservant une politique tarifaire accessible au plus grand nombre. C’est cela une réelle démocratisation de la culture et non une vulgarisation qui consisterait à confondre culture et simple animation. L’animation a ses mérites qui n’ont pas le même objectif.

En effet, lorsque j’entends que les spectacles de la Baleine sont « élitistes », je serais preneur de la part de ceux qui l’affirment d’une définition précise de cette épithète utilisée dans cette acception.Si la programmation était destinée à un petit nombre d’initiés constituant un noyau de privilégiés, comment pourrait-on expliquer que « Le Mariage de Figaro » ou « Macbeth » furent joués à guichet fermé? Et je n’évoquerai que pour mémoire la présence appréciée de l’orchestre du Capitole ou de celui de Sète. Tout cela exit?

Je ne pense pas qu’il faille spécifiquement s’adresser à telle ou telle catégorie sociale ou professionnelle, même Brecht s’y est élimé les dents dans « Sainte Jeanne des Abattoirs ». La programmation ne doit viser aucun public en particulier. C’est dangereux pour l’art lui-même mais aussi pour la liberté de choix de chacun. Philippe Jaccottet écrit: »Le poète n’est nécessaire que s’il demeure profondément inutile et inutilisable ».

Bon d’accord,vous allez me dire: « Il y a actuellement un grand problème social à assumer, un problème de repères; il y a aussi la misère qui frappe à nos portes. Il faut du travail pour tous; il faut du pain sur la table avant d’aller au spectacle ». Mais il ne faut pas s’en tenir à la superficialité, aux seules apparences.

Un autre frein objectif intervient face aux choix culturels des populations: celui du savoir. Shakespeare disait que « l’humanité lisant, c’est l’humanité sachant ». L’école en est la base essentielle et mérite toute notre attention. Une école de la deuxième chance est une bonne initiative mais elle pourrait (devrait) se situer ailleurs qu’à La Baleine et non s’y substituer au terme d’un calcul désastreusement comptable.

Au-delà de l’école, l’autre pilier est l’accès pour tous à l’ouverture d’esprit que peuvent apporter les manifestations culturelles. « Il faut soutenir les acteurs de la culture mais aussi encourager le public à sortir, découvrir, créer, apprendre, partager…notamment les jeunes, les plus défavorisés, les plus vulnérables » écrit l’acteur Jean Rochefort qui ajoute: « La culture est une arme comme le disait Jean Vilar ».

Je ne fais plus de politique ce qui ne signifie pas que je délaisse les options qui me tiennent à coeur. J’essaie de la vivre en citoyen déchargé de tout mandat. C’est ce qui me conduit à réagir face à certains événements. Pour cela, je fais appel à Victor Hugo dans la « Fin de Satan ». Il y montre que lorsque Dieu eut précipité son bel archange rebelle de l’ouverture du puits vers les abysses et l’eut dépouillé de sa beauté, il permit qu’une plume blanche de ses ailes qui était demeurée sur la margelle y restât, s’exclamant: »Ne jetez pas ce qui n’est pas tombé ». La nuit se faisant autour du réprouvé: « Et nox facta est », une lueur d’espoir demeurait. J’espère qu’il en sera de même pour La Baleine au bout de la nuit.

Le comptable au Petit Prince: Je suis sérieux,moi, je n’ai pas le temps de rêvasser!

On a parfois envie de partager telle ou telle lecture, surtout quand elle trouve écho dans l’immédiate réalité. Dans une « lettre au Président de la République » en date du 13 février 2014, Jack Ralite, Catherine Tasca, Dominique Blanc et Michel Piccoli disent mieux que je ne saurais le faire les graves atteintes portées à la culture immolée sur l’autel du pseudo réalisme comptable:

..Nous sommes profondément attachés à la politique culturelle française que nous entendons voir se développer selon le principe d’invention de perpétuelle ouverture…Or nous constatons que cette démarche…connaît notamment par la politique budgétaire de notre pays, une situation s’aggravant de jour en jour…Le patrimoine dans sa diversité, le spectacle vivant dans son pluralisme sont en danger…Ce qui avait été construit patiemment se fissure, voire se casse et risque même de disparaître…
Faute de crédits suffisants, de personnels, de négociations,de considération et de reconnaissance du travail humain, de respect des métiers, se répandent des malaises, des souffrances, des colères. Le ministère de la culture perd son pouvoir d’illuminer…Les collectivités territoriales dont le rôle est devenu immense en culture voient leurs finances brutalisées (et se plient bien souvent volontiers à l’injonction)….
On nous répond « c’est la crise ». La crise ne rend pas la culture moins nécessaire, elle la rend plus indispensable…. C’est le meilleur antidote à tous les racismes, antisémitismes, communautarismes et autres pensées régressives sur l’homme.
Mais la politique actuelle est marquée par l’idée de donner au capital humain un traitement économique…. Ne tolérons plus que l’esprit des affaires l’emporte sur les affaires de l’esprit.

Ces extraits de lettre sont puisés dans le livre La Pensée, La Poésie et le Politique de Karelle MENINE, dialogue avec Jack RALITE, [Les solidaires Intempestifs, juin 2015]. Un livre très riche par ailleurs sur le théâtre, la danse, la musique et la littérature dont je recommande chaleureusement un usage sans modération à tous les amateurs de lectures vivifiantes.

Montesquieu: « L’Esprit Des Lois »

Les mots portent et donnent du sens.

Commémorer, c’est certes se remémorer collectivement, se souvenir de ceux qui ont payé de leur vie ou paient de graves traumatismes la folie meurtrière de fanatiques. Cela entre dans le devoir de mémoire comme entre dans ce devoir, avec recul, l’analyse de l’événement lui-même afin de mieux le comprendre et se prémunir contre son retour.

Je crains hélas, que faute précisément de cette réflexion collective ou pour des raisons moins avouables, ne soit entretenu un climat de suspicion en direction d’une partie de la population et une psychose auprès d’une autre. je m’appuie pour dire cela sur les propos que j’entends autour de moi et qui sont portés par des personnes de bonne foi mais aussi par des partis français, européens ou même américains, qui le sont moins et jouent sur des peurs légitimes – non raisonnées comme la plupart des peurs- afin de développer un climat délétère à leur profit.

De plus, certains de nos gouvernants, pour donner le sentiment qu’ils agissent, ouvrent la voie à cet état de fait en classant les Français en deux catégories et en proposant la déchéance de nationalité pour des binationaux impliqués dans le terrorisme.

Or,quel impact cette déchéance pourrait-elle bien avoir sur les « fous de Dieu » qui ont décidé de se faire sauter dans un lieu public fréquenté par la foule? Quant aux autres qui les manipulent, les reconduire dans leur supposé pays d’origine ne servirait à rien. Il en adviendrait comme pour l’amant de Musset: « quand on le chasse par la porte, il revient par la fenêtre ».

L’hyper terrorisme actuel constitue un test pour nos démocraties. Pour autant qu’il y ait nécessité de se défendre, y compris en instaurant pour un temps donné un état d’exception, on ne saurait transgresser le préambule de la constitution qui énonce dans son article premier: « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale » en institutionnalisant une citoyenneté à deux vitesses. En effet, c’est précisément nos principes démocratiques que les attentats visent. Or, on ne peut ignorer non plus l’article premier de la Déclaration Universelle des Droits de 1948: » Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ».

Si ces derniers ne le font pas,  « le légitime souci de sécurité, d’une part, ne colmatera pas les fissures béantes par un simple renforcement des pouvoirs de police et ne peut être disjoint du souci de rétablir les bases de la justice sociale et de la volonté de défendre nos valeurs les plus hautes » [M. Terestchenko, maître de conférences à l’université de Reims in l’Huma du 11/01/16].

 On ne peut davantage  bafouer les articles 12 et 16 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789: « La garantie des droits nécessite une force publique »…. « Toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de constitution ».

Quels que soient ses mérites dans cette période où elle aussi paie un lourd tribut, on ne peut laisser la force publique seule juger de ce qu’il convient de faire et mépriser l’article 16 de la Déclaration qui acte fondamentalement la séparation des pouvoirs  entre l’exécutif, le législatif et le judiciaire, garantie suprême des droits des humains, principe posé par Montesquieu  dans l’Esprit des Lois (1748)  et repris par les Déclarations des Droits de 1789 et 1948.

Faire abstraction de cela serait, à mon sens un grave recul démocratique et conforterait ceux qui ont pour objectif de déstabiliser notre régime afin d’imposer leur dictature théocratique.

C’est la Révolution Française qui, en 1790, lors de la Fête de la Fédération au Champ de Mars, avait pour la première fois rapproché les 3 mots de notre devise LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE. Bien que cela soit un peu redondant, ajoutons-y le mot LAICITE.

2016

Bonne et Heureuse Année 2016

 
        Musée Soulages:rétrospective Jesús Rafael SOTO 
                   [pénétrable BBL Bleu 1999]image-Soto-pénétrable-c-archives-Soto-300x187

 L’Œuvre n’existe que par le mouvement du spectateur: « Elle se met à vibrer quand il commence à se déplacer » (Isabel SOTO, fille de l’artiste).

En 2016, bien sûr, il y aura encore les impondérables, les tensions accrues de toutes sortes, les immenses difficultés autour de l’emploi, les salaires trop bas, les difficiles fins de mois et le cortège des misères, mais soyons en assurés, cette nouvelle année sera d’abord le fruit de nos engagements les plus déterminés afin de la rendre meilleure que 2015. Bougeons nous, ainsi que nous y invite le Maître, afin de déplacer les lignes actuelles qui n’ont rien d’immuable.

Les Grenouilles qui demandent un roi

Le désarroi face à la mal vie, au chômage, aux promesses non tenues, l’espoir brisé d’un avenir meilleur pour un trop grand nombre de personnes, la révolte face aux inégalités croissantes, ont fait que près de la moitié de l’électorat est restée à la maison lors de ce premier tour des élections régionales.

D’autres, parmi ceux qui se sont déplacés, ont parfois jusqu’à plus de 40% des suffrages exprimés, manifesté leur rejet en votant pour l’extrême-droite,  afin de donner « une leçon » au monde politique, »tout le monde se valant » à leurs yeux.

La leçon, ne sont-ils pas en train de se la donner à eux-mêmes? Ils ont accordé leur voix au parti qui relève la tête dans la tradition du Pétainisme, du Poujadisme et de l’O.A.S. Je n’invente rien. Son fondateur, M. Le Pen, ex député poujadiste, thuriféraire de l’Algérie Française, faisant des mots d’esprit sur les fours crématoires, a été plusieurs fois condamné par la justice de notre pays.

De plus, un peu de culture, ne serait-ce que scolaire, (transmise par cette école que le F.N. dénonce tant), aurait pu les amener à une réflexion plus posée que celle qui consiste à céder de façon impulsive aux sirènes revêtues de la flamme tricolore.

Je citais précédemment Jean Ferrat:
« Le poète a toujours raison / qui voit plus haut que l’horizon. »

Bien avant Ferrat, bien avant Aragon, de son XVII° siècle  Jean de la Fontaine nous interpelle par delà le temps et sa réflexion demeure on ne peut plus actuelle au vu des derniers résultats électoraux. Je ne peux résister au plaisir d’en livrer de larges extraits  à votre méditation:

"Les Grenouilles, se lassant
De l'état démocratique,
Par leurs clameurs firent tant
Que Jupin les soumit au pouvoir Monarchique.
Il leur tomba du Ciel un Roi tout pacifique [...]
Or c'était un soliveau
De qui la gravité fit peur à la première
Qui, [pour] le voir s'aventurant,
Osa bien quitter sa tanière [....]
Et leur troupe à la fin se rendit familière
Jusqu'à sauter sur l'épaule du Roi [...]
Donnez nous, dit ce peuple, un Roi qui se remue.
Le monarque des Dieux leur envoie une Grue
Qui les croque, qui les tue,
Qui les gobe à son plaisir,
Et Grenouilles de se plaindre.
Et Jupin de leur dire [........]
Vous auriez dû premièrement
Garder votre gouvernement;
Mais ne l'ayant pas fait, il vous devait suffire
Que votre premier Roi fût débonnaire et doux:
De celui-ci contentez-vous, 
De peur d'en rencontrer un pire."

Laissant à votre appréciation le décryptage de qui pourraient être le soliveau et la grue, mieux vaut la République avec ses imperfections que la soi-disant fermeté d’un parti, prêt si on veut bien se pencher sur son programme, à croquer les libertés, à supprimer les droits des femmes, à casser au profit du capital les syndicats et le code du travail déjà mis à mal, à jouer sur les peurs et les égoïsmes, à flatter le repliement sectaire de notre société sur elle-même, en appelant pourquoi pas, comme à Béziers, à la mise en place de « patrouilles citoyennes » prêtes à sillonner les rues, patrouilles proches des milices de sinistre mémoire, aussi inutiles que dangereuses. Pour référence, je vous renvoie au communiqué haineux de M. Remise photocopie de la photocopie, intitulé « Le retour des Hasbeen de l’Extrême Gauche » dans LA DEPECHE du jeudi 3 décembre. Un morceau d’anthologie!

QU’EN ONT-ILS DIT ?

Contrairement à Socrate qui disait de la poésie:

« C’est comme ces visages qui une fois dépouillés des artifices qui font leur fraîcheur apparaissent dans leur cruelle réalité »

estimant donc qu’elle travestissait la réalité et  voulant la bannir de la Cité, Jean Ferrat Chantait:

« Le poète a toujours raison / Qui voit plus loin que l’horizon »

C’est pourquoi, si je fais généralement référence à eux, c’est parce que l’écrivain, le poète comme le philosophe, donnent mieux que quiconque une vision distanciée de la vie. Certes, ils le font parfois de façon plus ou moins abstraite, s’adressant à la raison, ou parfois plus émotionnelle,  faisant appel à la sensibilité, afin de convaincre ou de persuader, mais c’est par la pertinence et le poids des mots que leurs idées prennent corps et se diffusent.

Ainsi, Gilles Deleuze donne à l’écrivain:

« la responsabilité de ce qu’il écrit devant ceux pour qui il écrit quand bien même ils ne le liraient jamais ».

Le plaisir d’écrire de l’écrivain n’est pas étranger à sa passion politique ou au rôle social qui lui incombe. Ceci devrait aussi être vrai pour le journaliste ce qui n’est, hélas, que trop peu souvent le cas.

C’est pourquoi, alors que bien des choses ont été dites, en écho aux attentats du 13 novembre, je propose de remettre en mémoire quelques écrits qui n’ont rien d’obsolète et participent encore largement du débat actuel avec tous ses excès qui ne sont pas propres à notre époque:

 – Voltaire: « s’il fallait donner à de tels hommes un être surnaturel, il faudrait supposer que c’est un être malfaisant. » (L’ingénu)

       –Chateaubriand:  » Les révolutions se sont étendues sur la Grèce, la Syrie et l’Egypte. Un nouvel ordre va-t-il se former? Qu’en sortira-t-il? Recevrons-nous le châtiment mérité d’avoir appris l’art moderne des armes à des peuples dont l’état social est fondé sur la polygamie et l’esclavage? Avons-nous porté la civilisation au-dehors ou avons-nous amené la barbarie dans l’intérieur de la chrétienté? » ( Mémoires d’Outre-Tombe).

      -Malraux: « Les fascistes croient toujours à la race de celui qui les commande. Ce n’est pas parce qu’ils sont racistes qu’ils sont fascistes mais parce qu’ils sont fascistes qu’ils sont racistes. » (L’Espoir)

   -Camus:  « le fascisme, c’est le mépris…Inversement toute forme de mépris, si elle intervient en politique, prépare le fascisme. » (L’Homme Révolté)

Personne n’a guère inventé, pas même Mme Le Pen et surtout pas elle, quoi que ce soit dans les propos tenus. Le choc des civilisations est une absurdité notoire et il n’est pas inutile de rappeler que dans la nôtre, au colloque de Valladolid, on s’interrogeait sérieusement pour savoir si les indiens avaient une âme. Plutôt que choc, la confrontation des civilisations ne peut être qu’enrichissante même si chacune de ces civilisations a pu produire des monstres comme en Europe dans les années 30 à 45 et pas seulement en Allemagne, et comme actuellement au Proche-Orient.

Oui, les djihadistes sont des fascistes qui utilisent la religion comme cache-sexe. Ce ne sont pas les Musulmans. Ils se servent du Coran comme les Inquisiteurs brandissaient la Bible pour fanatiser les esprits faibles, fussent-ils instruits, et pour imposer leur diktat à la Planète.

Nous devons leur livrer un combat sans merci et ce combat n’est pas la guerre qui ne peut que provoquer l’enchaînement des violences. C’est cesser de leur livrer des armes et des capitaux par pays interposés. C’est cesser de leur ouvrir une voie royale en déstabilisant des régimes certes peu recommandables sans y apporter une solution politique. Nous avons notre part de responsabilités en Irak, en Syrie et en Libye mais aussi dans le Sahel surexploité en y favorisant les cultures industrielles au détriment des cultures vivrières et en y pillant les matières premières et minerais.

« Daech est né des cendres de nos interventions »,

écrit avec raison Carlos Moreira, secrétaire général des industries chimiques de la CGT.

Il ne faudrait pas qu’en France, à la suite du douloureux choc du 13 novembre, l’état d’urgence devienne la règle de gouvernance sinon DAECH aurait atteint un de ses objectifs. Combattre le terrorisme suppose inversement une mobilisation tout entière de la société autour de tous les champs qui font nos valeurs de liberté, de démocratie et d’accueil.

Quant à ceux qui nous rejoignent, fuyant l’obscurantisme et la barbarie mortifères qui règnent chez eux, accueillons les en leur disant comme Voltaire:

« La patrie est là où l’on vit heureux » 

 

 

Jacques PREVERT: Etranges étrangers

Il est difficile actuellement d’accepter l’image que colportent, à propos de Calais, nombre de journalistes présumés chevronnés , bien rémunérés et les pieds au chaud dans leurs charentaises. journalistes qui se répandent dans les médias de la grande presse nationale, audio-visuelle ou écrite..

Autant peut-on comprendre l’émoi d’une population directement confrontée à un afflux de personnes contraintes à vivre dans des conditions indignes, surtout dans notre pays développé, autant est-il insupportable de lire ou d’entendre des professionnels de ce qu’on appelle hélas l’information qualifier de « jungle » le misérable lieu de concentration de tous ces émigrés, de ces personnes qui se rattachent à l’espoir d’une vie future meilleure et qui, poussées à bout ou manipulées par des profiteurs, tentent par tous les moyens de passer Outre-Manche.

Le terme « jungle »:  » espace naturel sauvage, non cultivé…incarnation de l’inhumanité…en proie à la fièvre des jungles (le paludisme)…où vivent les grands fauves » ainsi qu’il est défini dans les dictionnaires saurait-il s’appliquer avec pertinence à un lieu où on laisse s’entasser toute une population en proie à la misère et à tous les désarrois, à une population fuyant des guerres dans lesquelles notre responsabilité est aussi engagée?

Le terme « jungle » n’est-ce pas aussi, volontairement ou non, l’image que l’on crée de fauves se dévorant entre eux puis sortant du bois pour conquérir de nouveaux espaces, image qui ouvre la porte à toutes les frilosités, toutes les peurs, et de plus fait le miel des xénophobes de tout poil?

La France qui a su, en 1939, accueillir plus de cinq cent mille réfugiés espagnols lors de la « retirada », serait-elle incapable de nos jours de tendre la main, comme l’Allemagne, même si cela est difficile, à quelques milliers supplémentaires de Syriens, d’Irakiens ou autres venus de la misère?

Ne pourrions-nous pas leur dire, en paraphrasant Jacques Prévert : »Il y a la guerre chez vous donc vous venez demander asile or on vous maltraite, pourtant vous êtes des humains comme nous. » Et d’ajouter comme lui ces quelques « Paroles »:

 » Etranges étrangers
Vous êtes de la ville
Vous êtes de sa vie
Même si mal en vivez
Même si vous en mourez. »