Molière omniprésent

Maître Jacques »-Combien serez-vous de gens à table?

Harpagon:- Nous serons huit ou dix: mais il ne faut prendre que huit. Quand il y a à manger pour huit, il y en a bien pour dix. » L’AVARE (III,1)

Les aphorismes sont parfois comiques, surtout détournés, mais ne font rire à gorge déployée ni La Baleine, ni le Krill, ni l’ensemble  de la vie associative qui voient leurs subventions chuter de 10 à 20% alors que les élus affirment dans une conférence de presse qu’avec moins on peut faire mieux.Harpagon est toujours vivant.

N’est-ce pas d’une certaine façon traiter avec désinvolture l’investissement de tous les bénévoles et de tous les professionnels qui eux se dépensent sans compter pour faire vivre la commune?  Ce qui est vrai pour Onet l’est aussi pour le Grand Rodez, l’est aussi pour la nation dans son ensemble, l’est aussi pour l’Espagne, la Grèce, le Portugal. La liste n’est pas exhaustive.

Tout autant pourrait-on comprendre que les temps soient difficiles – pas pour tout le monde: 20 milliards aux entreprises qui continuent à licencier, subventions de la CAGR distribuées aussi à des multinationales sous prétexte de développement local- tout autant est-on en train de rendre exsangue tout ce qui fait le plaisir de la vie, rapproche les gens, valorise les cultures et tisse le lien social.

Du fait de cette marche forcenée vers les égoîsmes et le profit, on rencontre de plus en plus de gens exacerbés, vivant dans les difficultés, voire la misère, qui un jour demanderont des comptes. Et ce jour-là, je suis certain qu’on trouvera des finances pour embaucher et déployer des forces de l’ordre ayant, hélas, pour consigne de réprimer les mouvements de contestation avec tous les enchaînements de violences que cela suppose.

Nous venons d’en vivre récemment, chez nos voisins du Tarn, un épisode éloquent dû à l’autisme de certains responsables politiques: bilan un mort, des dégâts considérables et une tragédie qui auraient pu être évitée.

JAURES toujours actuel

 » Votre société violente et chaotique porte en elle la guerre comme la nuée dormante porte l’orage » s’exclamait devant la Chambre Jean Jaurès qui reste on ne peut plus actuel.

Cent ans plus tard, il est possible d’affirmer, sans se faire vilipender, que la Grande Guerre fut une véritable boucherie humaine. Plus de 8 millions de soldats furent massacrés avec pour motif essentiel l’appât du gain de grands groupes industriels et financiers masqué par des discours nationalistes. Une victoire de la brutalité sur la raison.

Nous devons pour le moins respect et devoir de mémoire à tous ceux qui sont tombés, dans les différents camps. La mémoire n’a rien d’une vague commémoration nostalgique. Elle s’inscrit dans le présent et porte valeur de témoignage pour éclairer l’avenir. Perdre la mémoire des tragédies de l’histoire, c’est ouvrir la voie aux tragédies à venir. Nous ne sommes à l’abri de rien. Il y a encore trop de guerres, de déportations de peuples, de massacres dans le monde pour que nous y demeurions insensibles et que nous restions passifs.

C’est pourquoi je suis pour le moins choqué de voir que ce 11 novembre 2014, pour le centième anniversaire de l’entrée en guerre, a donné lieu à l’ouverture de nombre de grandes surfaces et commerces qui n’ont rien à voir avec la proximité du commerce de bouche et la petite boutique du coin. Il est vrai que l’appât du gain prime toujours gravement sur les leçons de l’histoire et le civisme.

Je sais que je ne me ferai pas que des amis parmi ceux qui liront ce mot mais je pense que certaines valeurs méritent d’être rappelées sans complaisance.

François ou le pessimisme ?

« Mettez vous à genoux, remuez les lèvres et vous croirez » affirmait un certain Blaise Pascal selon Maurice Ulrich, journaliste à l’Huma. Je ne sais si la lumière divine était sensible à ce rituel et se manifestait. En revanche jeudi soir, consacrant moi-même, comme nombre de nos concitoyens, à mes propres illusions, j’ai eu beau allumer mon téléviseur, m’asseoir dans mon fauteuil et aspirer au miracle, la parole présidentielle ne m’a guère éclairé ni ouvert les voies (voix) de l’espérance.

J’ai eu plutôt l’impression d’écouter un élu territorial en quête de ficelles plus ou moins aléatoires afin de faire face à une rigueur ambiante mal maîtrisée qu’à un chef d’état porteur d’un projet de gauche, affrontant les défis et prêt à  répondre à l’urgence de la situation sociale, économique et politique plutôt qu’aux appétits insatiables de la bourse.

A Montreuil, ce weekend, Pierre Laurent s’est exclamé: » Oui,il est possible de changer de politique et de relever la France. Personne ne peut plus rester au milieu du gué face à la politique menée par le gouvernement, au contrat déchiré sous les coups de boutoir du Medef, de le Droite et du clan Le Pen. L’heure n’est plus aux divisions.Il faut élargir le Front de Gauche, poursuivre sans relâche nos efforts pour dialoguer et construire avec tous ceux qui, comme nous, sont convaincus de l’impasse actuelle. Le constat ne suffit plus, c’est à l’action et à la construction qu’il faut passer ». Nordine IDIR, secrétaire général des JC, ajoutait: « Il faut apporter des réponses immédiates et porter les germes d’une autre société ».

C’est le message d’espoir lu dans l’Huma de ce lundi 10 novembre.

Candide ou l’optimisme ?

« Candide, en retournant dans sa métairie, fit de profondes réflexions…et dit à Pangloss….Je sais qu’il faut cultiver notre jardin ». Sage maxime à considérer tant dans son acception première que dans sa portée métaphorique.

En effet, »les grandeurs, dit Pangloss, sont fort dangereuses selon les rapports de tous les philosophes ». Les grandeurs: « Importance sociale, politique, » avec pour corollaire  » gloire, pouvoir, puissance » (selon le Robert) sont bien souvent des leurres qui participent de la foire aux vanités.

Quand je lis dans la presse que les uns, plongeant dans le milieu d’où je sors et auquel ils n’ont accédé que depuis peu, accusent les autres de « visées politiciennes » dès que certaines décisions ne vont pas dans leur sens, que font-ils donc eux-mêmes et pourquoi y sont-ils venus? La casuistique a encore de beaux jours qui l’attendent.

Il est souvent préférable, même si on y a été poussé par les événements, en l’occurrence les électeurs dans leur grande sagesse, de s’en remettre à la relecture des classiques et de revenir travailler son jardin car si parfois ça fait un peu mal au dos, ça clarifie les concepts et permet de prendre du recul « dans le meilleur des mondes possibles ».