Education: La Révolution En Marche !!

Ils nous avaient promis une gouvernance innovante. Première décision du nouveau ministre, sans consultation préalable des professionnels et parents concernés ce qui pourtant aurait agréablement changé…. faire comme tous ses prédécesseurs…annuler ce qu’avait fait le précédent pour en revenir au prédécesseur du prédécesseur…présenter une réforme fondamentale: le semaine scolaire de quatre jours. Cela relèverait du gag si ce n’était dès le lendemain des élections un vrai camouflet à leur propre électorat.

Lorsque j’étais écolier, cela remonte à des temps certes immémoriaux, la classe se déroulait sur cinq jours chacun comportant 6 heures de cours. Un tel régime, les programmes étant moins chargés qu’actuellement, permettait le temps de la réflexion et de l’assimilation des connaissances de base.

Sans vouloir  me complaire  à la manière de Verlaine à évoquer le bon temps jadis et  m’attendrir en versant les  « sanglots longs des violons de l’automne » c’est-à-dire me réfugier dans une nostalgie de mauvais aloi, je m’interroge sur le sérieux de ce nouveau ministre de l’éducation [dite encore nationale, pour combien de temps?] à laquelle je dois beaucoup.

Comment les élèves pourraient-ils assimiler en 4 jours des programmes que nous mettions 5 jours entiers à absorber, programmes auxquels on a rajouté nombre de disciplines dont je ne conteste ni l’utilité pratique ni l’apport culturel telles une langue étrangère, le code de la route, le secourisme ..? Je sais qu’on a fait des avancées en matière pédagogique mais la connaissance, la réflexion, sont un peu comme les grands crus, il faut leur donner le temps de la bonification si on souhaite ne pas rester dans la superficialité qui caractérise le touche-à-tout.

En outre, à l’heure où l’on parle de moralisation de la vie publique, quiconque verrait dans ces « réformes » la main de certains lobbies des loisirs ou du tourisme serait naturellement de  la plus mauvaise foi. Quant aux  parents qui travaillent  et se déplacent à raison de sept ou huit heures par jour, il ne leur restera qu’à faire appel aux grands parents sinon à débourser s’ils le peuvent des heures supplémentaires de garderie le mercredi matin.

Rassurez vous toutefois, pendant ce temps, les « happy few » comme on dit, ceux qui ont les moyens , paieront pour leurs enfants  des cours particuliers et des activités culturelles et sportives qui creuseront encore davantage les inégalités produites par notre système éducatif dont les statistiques montrent qu’il les accentue, y compris dès l’école élémentaire. 

N’aurait-ce pas été pour endiguer cette distorsion qu’une première réforme eût été nécessaire? Mais concédons à Pangloss, le maître à penser de Candide que, malgré quelques grincheux de mon espèce totalement hors d’époque, gauche et droite rassemblées « tout va (certainement)pour le mieux dans le meilleur des mondes ».

Camus: « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde » [Essais]

Voilà un temps certain que je n’ai rien écrit et ce n’est pas encore cette fois-ci que je vais le faire. Pris par d’autres tâches j’ai quelque peu laissé le clavier au repos.

Cependant, je n’ai durant cette période nullement abdiqué toute forme de lectures. Elles sont plus enrichissantes que l’info télévisée et surtout que l’info sur la toile qui se résument à des bribes d’infos, semi-véridiques, parfois authentiques aussi, mais laissant planer le doute sur qui me parle, sur les sources elles-mêmes, sur information / désinformation / manipulation.

J’ai lu avec intérêt « Paysans » de René Bécouze, Bérangère Carel et Eva DZ qui m’a remis en mémoire une démarche aveyronnaise spécifique issue de la J.A.C., démarche d’ampleur nationale dans le monde agricole de la deuxième partie du XX° siècle, et fait revivre l’action de nombre de personnalités que j’ai parfois rencontrées au cours de ces années de militantisme.

Mais surtout je n’ai pas négligé la presse et dans celle-ci les articles qui, au-delà de l’immédiateté des événements, portent l’éclairage de gens compétents, ayant le recul et la réflexion nécessaires, sur l’état de la société et des remous qui l’agitent à la veille d’élections importantes.

Ainsi en est-il de l’entretien exclusif dans l’Huma du 24 mars de Jérôme Ferrari, professeur de philo en Corse, prix Goncourt 2012 pour « Sermon sur la chute de Rome », entretien intitulé « Si le lien des mots à leur référence est coupé, toutes les manipulations sont possibles ».

Pourquoi tenter de dire soi-même ce que d’autres disent mieux que vous? Laissons lui la parole  dans ces quelques extraits:

  • sur l’enseignement:  » aujourd’hui, on conçoit uniquement l’enseignement comme une préparation au monde du travail or la philosophie est enseignée pour que les élèves acquièrent une autonomie de la pensée. Je ne suis pas là pour leur donner des compétences mais des apprentissages. Le tout est politique au sens noble du terme et n’a pas à voir avec le monde de l’entreprise. L’entreprise n’a rien à faire dans les murs d’une école ».
  • sur Hannah Arendt qui écrivait en 1951: « Le citoyen idéal d’un régime totalitaire n’est pas un militant convaincu, c’est quelqu’un pour qui la distinction entre vérité et mensonge n’a plus aucun sens ».
  • Sur le contenu du débat politique: « être un homme (une femme) politique, voir les tentations identitaires, le gros danger qui guette, et trouver que c’est une bonne idée d’en jouer, c’est criminel, indigne. Peut-être qu’en France l’explosion de la droite et de la gauche, pour des raisons assez symétriques, est le signe d’une crise où les superstructures ne correspondent plus à la réalité sociale ».
  • Sur Schopenhauer et l’art de manipuler le débat pour avoir toujours raison: Je défends A et je fais en sorte que B soit inacceptable pour tout le monde. Donc si ce n’est pas B, ce sera forcément A. Je cite deux exemples surutilisés par Manuel Valls d’une manière que je juge indigne. Vous êtes contre la déchéance de nationalité donc vous ne voulez pas lutter contre le terrorisme. Vous ne soutenez pas la politique d’Israël donc vous êtes antisémite. C’est dangereux et contre productif ».

A méditer à l’heure où la noria incessante, méthode Coué oblige, de certain-e-s candidat-e-s peuple les émissions du petit écran. Un téléspectateur averti, n’est-ce pas…….! Vous connaissez le dicton.

Bonne Année 2017

 

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Il est  de tradition de présenter les vœux (vœux dont la probabilité de réalisation est aussi élevée que les prédictions de l’horoscope) à la famille, aux amis et plus généralement aux personnes que l’on côtoie.

 Bien sûr, il s’agit d’un formalisme qui pourrait prêter à sourire  si ce n’était que l’aphorisme qui sert à formuler ces souhaits ne permette de cultiver le relationnel. N’est-ce pas là l’essentiel ? Il est  socialement important d’avoir ainsi des repères, de savoir que vous existez aux yeux des autres et que votre entourage sache que vous aussi vous prenez sa présence en considération.

Ce constat n’a rien d’angélique. Dans la période socialement tendue que nous vivons, la question du lien social est fondamentale. A l’heure du recul des solidarités nationales sous les coups de boutoir d’appétits financiers insatiables, à l’heure où l’individualisme devient la règle dans la course aux pis-aller pour tenter de sur-vivre, le refuge afin de pallier les difficultés se résume à la recherche de  solidarités de groupe, particulièrement dans les quartiers où se concentrent les problèmes de précarité.

 Ces solidarités  sont  souvent assises sur des fondements théologiques et/ou ethniques monolithiques donc exclusifs c’est-à-dire  conduisant au rejet de tout ce qui est étranger au groupe, et accroissant le mal-vivre ainsi que des rapports houleux entre résidants.

 Face à cela, il apparaît fondamental d’ouvrir d’autres possibles. Même si c’est modeste, la prise en considération des autres en est un. Il en va de la propre responsabilité de chacun au-delà des responsabilités politiques fondamentales qui sont ou devraient être celles des pouvoirs publics locaux ou nationaux.

Question formelle certes mais à laquelle répond le syllogisme  d’Averroes (Abü al walid ibn-Ruchd), philosophe et théologien du XII° siècle, cité dans l’Huma du 3 janvier :

« L’ignorance mène à la peur

la peur mène à la haine

et la haine conduit à la violence

Voilà l’équation. »

Il est nécessaire de rétablir le cercle vertueux. C’est pourquoi je salue l’expression de  Yann Arthus-Bertrand dans LA DEPECHE du 1° janvier 2017 : « Il ne faut pas moraliser les gens, il faut les aimer »,  c’est-à-dire les respecter, préciserais-je. Dans mon précédent article, je citais Victor Hugo :

« La forme, c’est le fond qui est remonté à la surface »

je veux bien croire que, dans de nombreux cas, le fond pourrait certainement se transformer si la forme changeait.

Meilleurs voeux à tous, sachant bien que 2017 sera d’abord ce que chacun pour sa propre part tentera d’ en faire.

 

 

De Nicolas à Victor: Forme ou Fond? Paraître ou Etre?

Ex-élu local, j’observe toujours, non sans délectation, la vie électorale d’un œil parfois critique mais généralement respectueux car je mesure combien cela demande d’investissement personnel à ceux qui sollicitent les suffrages. Contrairement à certaines assertions proférées par des personnes mal intentionnées, s’investir électoralement témoigne d’un acte civique parfois lourd à assumer et souvent désintéressé. Toutefois, lorsque l’enjeu est national, les choses se complexifient et c’est avec une pointe d’agacement que je suis du regard nos actuelles «primaires» à l’américaine qu’elles soient d’un bord ou de l’autre.

En effet, tels des poissons dans leur aquarium se contorsionnant afin de capter l’attention du passant pris au piège du spectacle, les pseudo-candidat-e-s à la candidature font feu de tout bois derrière le petit écran pour s’attirer les suffrages et se livrent sans hésiter au jeu des reniements d’un passé souvent chargé à défaut de promettre un avenir radieux. Ils (elles) tentent de s’affubler pour cela d’habits neufs, voire essaient de faire carrément peau neuve, mue difficilement crédible, exercice délicat n’ayant rien d’innovant.

 La littérature vole à notre secours pour nous conforter dans cette observation. Il suffit de se référer aux «classiques» car somme toute notre époque, en ce domaine, n’a rien inventé. Si pour Nicolas (Boileau naturellement pas l’autre) dans son Art Poétique le fond c’est la forme:
        «Ce qui se conçoit bien, s’énonce clairement
           Et les mots pour le dire arrivent aisément»
tout devrait être clair. Mais sans désavouer Nicolas, Victor (Hugo) est plus explicite dans les Proses philosophiques:
              «La forme, c’est le fond rendu visible»

Analyse pertinente car elle suppose que ne remonte pas dans la forme tout le fond dont une partie, devinez laquelle, se perd dans les limbes d’une mémoire défaillante. Citation particulièrement judicieuse lorsqu’on observe les candidats lors de leurs diverses prestations. Sans citer nommément certains, dans les déclarations et démentis sur la Sécu ou sur le 49-3 par exemple chaque électeur reconnaîtra les siens (selon la formule de Simon de Montfort). Il est parfois cruel (à leur encontre) d’observer leurs attitudes, leurs réserves feintes, leur gestuelle qui contredisent leurs paroles ou disent beaucoup plus que ces dernières lesquelles, néanmoins chargées de sens, sont souvent contradictoires avec tout ce que les candidats ont réalisé ou affirmé antérieurement lorsqu’ils étaient au pouvoir. Tout un art que les Jésuites désignaient par le terme bien connu de casuistique.

Ainsi, à  considérer que la forme pourrait bien échouer à masquer le non-dit, et que le dit lui-même masque souvent la réalité, ceci nous ramène à Victor à qui on prête de source non vérifiée la formule ci-dessous encore plus cruelle que la précédente:
       «La forme, c’est le fond qui remonte à la surface»

Bon sujet d’examen à soumettre à nos candidats aux plus hautes fonctions mais peut-être sont-ils trop occupés pour cela. Quant à l’électeur constamment sollicité, exercice compliqué pour lui que de démêler le dire du dit et du non-dit, le vrai du non-vrai, l’affichage du masqué, en d’autres termes d’apercevoir derrière la vitrine l’arrière-boutique. Mais n’est-ce pas là le vrai exercice démocratique auquel il est convié à se livrer?

Joyeuses fêtes de fin d’année !!!

Annie ERNAUX: Mémoire de Fille ou Le Temps Retrouvé.

Je ne sais plus quel lecteur, auteur lui-même, disait lors d’une émission littéraire:« Pour savoir si je vais lire un livre, je l’ouvre à la page 99. Si elle m’intéresse, je le lis, sinon je le repose en rayon. Je ne me trompe que très rarement ».

Se référer exclusivement à la page 99 pour décider si on va ou non lire un livre peut paraître aléatoire. Cependant j’ai tenté l’expérience en consultant les pages 98-99 du livre Mémoire de Fille d’Annie ERNAUX (Gallimard-mars  20162016). Revenant sur les souvenirs de son adolescence, voici ce quelques extraits significatifs de ce qu’elle en dit dans ces pages: ernaux« En reparcourant les mois de celle qui n’est plus la fille de S… mais celle d’Ernemont, j’ai pris le risque de buter continuellement, comme un historien devant un personnage, sur l’enchevêtrement des facteurs agissant à chaque moment sur son comportement – d’avoir à m’interroger sur l’ordre chronologique de ces facteurs – donc sur l’ordre de mon récit ». (p.98)

Ce retour sur son passé lui permet de  constater que: « parfois il me semble que c’est une autre fille qui vivait à S…et non pas moi ». (p.99)

Le cadre du récit était posé dès les premières pages. Lycéenne, jeune monitrice inexpérimentée, « de tous ceux qui l’ont côtoyée cet été 58 à la colonie de S… dans l’Orne, est-ce qu’il y en a qui se souviennent d’elle, cette fille? Sans doute personne…..Il n’y a aucune photo d’elle…Pas même une de son anniversaire, ses dix-huit ans qu’elle a fêtés à la colonie… » (p.15)

Il s’ensuit une démarche autobiographique dénuée de toute forme de complaisance envers la jeune fille qu’elle était, un regard distancié, à la troisième personne. Peut-on dire recherche autobiographique ou émergence progressive d’un temps retrouvé?

Une auteure de 76 ans, 58 ans après, à travers le prisme de souvenirs, de photos et de lettres d’époque rendues par une amie avec qui elle correspondait, interpelle la fille qu’elle était, cela en un mouvement incessant, sans concession, allant de l’une à l’autre dans une quête dominée par les contradictions entre morale et désir, orgueil et honte d’enfreindre les normes d’une éducation truffée  d’interdits.

Il émane de cette sorte de confrontation un récit qui met mal à l’aise  tant il touche à un intime mis cruellement à nu par le regard objectivé que porte l’adulte sur l’adolescente qu’elle fut. Un livre passionnant dont l’essentiel est constitué par l’éveil à la sexualité de la jeune fille, la première rencontre avec un moniteur-chef, prof de gymn, prototype du machisme, qui la plonge pendant plusieurs années dans un état de déréliction absolue.

Ainsi: « c’est l’absence de sens de ce que l’on vit, au moment où on le vit, qui multiplie les possibilités d’écriture…Explorer le gouffre entre l’effarante réalité de ce qui arrive, au moment où ça arrive, et l’étrange irréalité que revêt, des années après, ce qui est arrivé ».

Un récit redonnant vie aux sentiments et au vécu de cette jeune fille dans le cadre historique des premières années du gaullisme, récit donc aux multiples résonances auprès de lecteurs ayant vécu la même période sur fond de guerre d’Algérie, subi les mêmes conventions, connu le monitorat dans les colonies de vacances et l’école normale, ascenseur social pour jeunes issus de familles modestes, puis plus tard la fac de lettres d’avant 68.

Une auteure, Annie Ernaux, insoumise, toujours proche des mouvements actuels de celles et ceux qui ne se résignent pas à accepter les désordres de tout ordre du monde dans lequel nous vivons, qui écrit: « au fond, il n’y a que deux sortes de littérature, celle qui représente et celle qui cherche. Aucune ne vaut plus que l’autre, sauf pour celui qui choisit de s’adonner à l’une plutôt qu’à l’autre ».(p.98). Elle a fait son choix, celui exigeant, parfois douloureux, de l’introspection portée par un remarquable travail de mémoire et la précision du vocabulaire car, ainsi que l’exprimait Michel Butor: « chaque mot écrit est une victoire contre la mort », ce qui n’exclut ni le récit ni la description.

Contrairement à Patrick Modiano qui (lui aussi p. 96) écrit: « On finit par oublier les détails de notre vie qui nous gênent ou qui sont trop douloureux » [Pour que tu ne te perdes pas dans ton quartier] (Nobel 2014), Annie E. appuie sur ce qui fait mal chez la jeune Annie D., non pour s’y complaire mais parce qu’elle estime comme Marcel Proust que « L’adolescence est le seul temps où l’on ait appris quelque chose » [A l’Ombre des Jeunes Filles en Fleurs]. Elle diffère toutefois de lui lorsqu’il déclare, a contrario de la teneur des mémoires d’ Annie E :« Il y a toujours moins d’égoïsme dans l’imagination que dans le souvenir ».

L’humain présent à chaque ligne  dans le contexte de la fin de années 50 et du début des années 60, servi par une écriture incisive, sont autant d’incitations  à  la lecture de ce passionnant récit que j’ai envie de faire partager à celles et ceux qui s’attarderont sur ces quelques lignes.

Avec Paul VERLAINE et Louis ARAGON, Le temps de la rétrospection.

               Le ciel est par-dessus le toit,

                            Si bleu, si calme !    

                 Un arbre, par-dessus le toit,  

                            Berce sa palme.

                                             [……….]                             

              Qu’as-tu fait, ô toi que voilà    

                     Pleurant sans cesse,  

              Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà

                         De ta jeunesse?

   Paul Verlaine   in [Sagesse – 1881] 

 Ainsi s’interrogeait Le Pauvre Lélian alors que le toit qui le séparait de l’azur n’était autre que celui de la prison de Bruxelles, ce toit briseur de rêves, cette claustration désespérément propice au retour sur soi et sur le passé.

Les « toits » actuels, les « enfermements » (si l’on peut utiliser ce néologisme) qui nous séparent de nos aspirations, de nos idéaux, sont plus immatériels. Cependant, ils sont toujours mus par les mêmes impulsions face à une crise et à une mondialisation dans lesquelles les gens ne se reconnaissent pas : course effrénée au profit avec ses corollaires que sont le racisme, le fanatisme, les réflexes individualistes, la peur pour l’emploi et celle du lendemain. Ces mêmes ressorts se redéploient en force.

Quand les leçons du passé s’estompent, les vieux démons resurgissent. Nous vivons les prémices d’une nouvelle tragédie mondiale avec déjà des millions de déportés  ballottés d’une frontière à l’autre quand ils ont réussi à échapper au naufrage.

Face à cela, au moment où, comme je l’écrivais récemment sur Facebook,  j’ouvre ma propre page sur mes trois-quarts de siècle et où il est difficile de ne pas jeter un œil sur le rétroviseur, je ne peux m’empêcher a contrario de la régression actuelle de me remémorer l’élan de la deuxième partie du siècle précédent où nous étions nombreux à penser la démocratie irréversible, la justice sociale et la paix entre les peuples à portée de nos espérances, le Larzac aux brebis et non au retour de la Légion. Tous symboles plus qu’écornés.

Non, je ne suis pas pessimiste. Il n’est pas dans ma nature de renoncer car il existe malgré tout beaucoup de forces de résistance aux courants actuels. Nonobstant mon soutien qui  est acquis à celles-ci,  j’ai envie de vous dire avec  Louis Aragon :

Je me sens pareil

Au premier lourdaud  

Qu’encore émerveille

Le moindre jet d’eau

 

Les gens de ma sorte

 Il en est beaucoup

Savent-ils qu’ils portent

Une pierre au cou

 

Un destin banal

Une âme blessée

Comme un vieux journal

Un veston froissé

      […………]

Au bout de mon âge

Qu’aurais-je trouvé

Vivre est un village

Où j’ai mal rêvé

in  [ Voyage de Hollande – L’été pourri – 1963 ]

Comme Karl, moi aussi j’ai des principes.

Il n’y a pas que les autres…!

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Karl Marx appelait cela « reconstitution de la force de travail ». En fidèle marxiste, j’applique…. et suis convaincu qu’un temps  certain sera nécessaire pour parvenir à cette fin.

N.B.: j’entends déjà un certain nombre d’esprits pernicieux (et jaloux) commentant la couleur de la boisson. Honni soient ceux qui mal y pensent. Non, ce n’est pas une boisson anisée bien connue mais un simple sirop de citron. D’ailleurs, où voyez-vous le glaçon?

Quant à la lecture, non ce n’est pas l’Huma, Je la lis à la  fraîche….jamais à l’heure de la sieste.

Arthur Rimbaud: « Changer la vie »

 Inauguration du garage solidaire de la Régie de Territoire PROGRESS

 

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photo et article de Centre Presse du 15/06/2016

Hier, en présence du préfet et de plusieurs élus [dont le président de Rodez Agglomération et le maire d’Onet le Château (ndlr)] , la Régie de territoire a inauguré son garage solidaire, rue de la Calade à Onet le Château. Saluée de tous, l’initiative -déjà expérimentée ailleurs en France- repose sur un double principe de solidarité: en insérant par le travail des personnes issues du territoire – 2 pour le moment, bientôt 4 – et en permettant à des personnes à faible revenu d’entretenir leur véhicule, garant de sécurité et de mobilité.

Ainsi contre une adhésion annuelle (de 15 à 100€ selon les revenus fiscaux) tout un chacun peut y amener son véhicule. Les services sont ensuite facturés à l’heure (30€) et à la pièce.

« Nous touchons une clientèle qui, dans tous les cas, ne va pas chez les garagistes traditionnels, donc nous ne leur faisons pas concurrence et nous évitons les petits traficotages qui ont lieu sur les parkings » expliquent guy Drillin, président, et Renaud Barbe, directeur de la Régie Progress. 

Le garage associatif n’est qu’un aspect parmi d’autres  des activités de la Régie Progress (Pour ROdez et le Grand Rodez Economie Sociale et Solidaire).

Un chantier et une entreprise d’insertion par l’activité économique réalisent des travaux  essentiellement d’espaces verts et d’entretien d’immeubles ainsi que toutes autres tâches d’aménagement qui leur sont confiées pas les collectivités territoriales et par des organismes publics et entreprises privées. Cela procure de l’emploi à 35 personnes qui, à la fin de leur contrat, connaissent pour près de 60 à 70% une sortie positive vers des CDI, des formations professionnelles et pour quelques-unes des CDD qui évoluent rapidement en emplois plus durables.

Ces personnes, toutes issues des quartiers de Rodez et Onet, souvent en recherche d’emploi depuis un temps assez long, nous sont pour la plupart adressées par la Mission Locale, le Département et Pôle Emploi.

L’activité de PROGRESS, permet aux gens qui sont employés de percevoir un salaire réel et de sortir ainsi du RSA ou autres minimas sociaux. De plus, chaque € versé soit en salaires ou soit en équipements divers auprès du commerce local est investi sur place et participe de façon non négligeable à l’économie locale.

Si la réinsertion dans le monde de l’activité  est primordiale pour les personnes privées d’emploi parfois depuis plusieurs années, la Régie a aussi pour objectif, dans le cadre de la politique de la ville, la recherche de l’amélioration de leurs conditions de vie et de voisinage dans les quartiers qui sont le plus affectés par le chômage ( + de 30%) et par la   pauvreté ( 26 à 28% de familles en dessous du seuil). Ces difficultés engendrent bien souvent un malaise sociétal qui se traduit par de petites incivilités, une montée des frilosités qui font que le voisin est souvent ressenti comme un danger. Jean Paul Sartre disait: »L’enfer, c’est les autres ». Cela pousse aussi, hélas, à des réactions de rejet et à des réflexes communautaristes.

Nous n’acceptons pas cette situation. Nous ne renonçons pas, à notre modeste échelle, à tenter de rendre le monde plus vivable, par l’emploi certes, mais aussi en participant avec les associations de quartiers à des animations culturelles et festives pour que les habitants se rencontrent, et en initiant, dans les espaces situés au centre des immeubles, à Ramadier, aux Ormes,des jardins partagés destinés aux locataires des lieux, points d’échanges, de convivialité, pour des rapports de voisinages détendus.

Avoir pour référence les auteurs dont la permanence de la pensée traverse les époques me semble convenir aux réflexions actuelles. C’est pourquoi après Arthur Rimbaud, notre ambition paraît parfaitement s’exprimer dans sa volonté de « Changer la vie ».

Hier, lors de l’inauguration du garage associatif et social des Quatre-Saisons, nous avons exposé cela aux officiels et différents partenaires présents.

l’Héritage de Jean Albert Bessière

 

Désolé pour la parution précédente, illisible du fait de ma maîtrise très moyenne de l’outil informatique. Voici l’article Dépêche Du Midi du 21 mai:

2016-05-21 ecole JABLe Maire dévoile la plaque en présence des enfants

[ L’émotion était au rendez-vous, hier, après 17h, à l’école Saint-Félix, officiellement devenue quelques minutes plus tard, l’école Jean-Albert-Bessière, en mémoire de cette figure du monde politique et syndical local, disparue il y a un an.

-« Nous pouvons être fiers à la fois de cet établissement qui est une réussite sur le plan pédagogique, avec des locaux vastes offrant confort et sécurité aux enfants et enseignants, et du nom qu’il prend aujourd’hui, a déclaré Christian Teyssèdre, maire de Rodez. Je suis reconnaissant à Jean-Albert d’avoir été un allié sincère du point de vue politique qui a contribué à réaliser, à Rodez, l’union de la gauche, notamment grâce à sa capacité à mettre de l’huile dans les rouages au cours des périodes électorales qui sont souvent sources de tensions. Il a pleinement participé à la rénovation de cette école; nous en avons le résultat sous les yeux, et il est beau ».

A l’invitation du premier édile, plusieurs élus se sont succédé au micro pour rendre hommage à celui qui avait également été, pendant quinze ans, de 1994 à 2009, secrétaire de l’union départementale de la CGT.

 » C’était quelqu’un d’humain, avec des valeurs que l’on pouvait partager, quelqu’un de patient, qui prenait le temps d’expliquer les choses car il croyait en ses projets » s’est souvenue Anne-Christine Her, adjointe au maire en charge de l’éducation, qui a rappelé que l’école accueillerait, à la rentrée, la première classe du département pour enfants autistes. Marie-Claude Carlin a, quant à elle, loué « un homme qui savait dire les choses sans agressivité, ce qui est très rare » tandis que Stéphane Mazars a mis en avant « quelqu’un d’engagé, très travailleur, présent tous les jours à l’hôtel de ville pour faire en sorte que le service public soit toujours bien défendu par la mairie »;

La dernière personne à intervenir fut Liliane, l’épouse de l’ancien adjoint au maire, profondément émue de voir le nom de son mari figurer sur la plaque qui se trouve à l’entrée de l’école. « Vous lui permettez de laisser une trace pour continuer à vivre à travers le temps. Son nom sera ancré ici », a-t-elle souligné.] Merci au journal pour cet article.

C’est la seconde fois que j’assiste à un tel hommage. La première fois c’était à Millau, à l’école du Crès devenue école Albert-Séguier, le directeur de l’école où j’ai exercé lors de mon premier poste, un directeur communiste ancien résistant, affable, attentif, compétent, militant du service public, qui suscitait l’admiration du jeune instit que j’étais.

 Merci à Christian Teyssedre, aux divers intervenants et au Conseil Municipal de Rodez d’avoir choisi de nommer cette école Jean-Albert-Bessière. C’est une reconnaissance forte de l’oeuvre réalisée par mon camarade et ami Jean-Albert.

De nombreuses personnalités étaient là pour rendre hommage à Jean Albert, parmi elles nos deux élus ruthénois Guy Rouquayrol et Madeleine Puech qui ont aussi dit un mot. David Gistau conduisait une délégation de la CGT. Tous les présents ont évoqué le militant syndical, politique, mais aussi l’humaniste qui n’aurait pas démenti cette assertion de Victor Hugo: »Chaque fois qu’on ouvre une école, on ferme une prison ».

Quant aux jeunes élèves, je les invite à se saisir de ce poème bien connu de Paul Eluard:

Sur mes cahiers d’écolier

Sur mon pupitre et les arbres

Sur le sable et sur la neige

J’écris ton nom….

                 ………LIBERTE.