CAMUS : Nous portons en nous nos bagnes et nos ravages ……..

Après les événements tragiques qui ont eu lieu la semaine dernière, marqués par la trajectoire funeste d’un terrorisme dont on cerne mal les causes profondes et qui a suscité des réactions fortes d’une grande partie de la population, nous pouvons, le temps de la réflexion revenu, nous interroger.

Peut-on croire que ces jeunes hommes ou femmes n’ont pour seule motivation que le fanatisme religieux? L’explication serait, me semble-t-il, un peu courte.Ne pourrait-on y voir, même si cela n’excuse en rien leur folie meurtrière:

« avant la haine, avant la tentation de l’extrême, avant la fascination du terrorisme, la misère, les chaînes du désespoir, le carcan de l’ignorance »

comme l’écrit Claude Cabanes  reprenant la plume dans l’édition de ce jour de l’Humanité?

« C’est dans ce terreau que se meuvent comme poisson dans l’eau les professionnels de tous bords de l’intoxication et de la manipulation « .

De l’Assemblée Nationale, André Chassaigne nous interpelle:

« Quelle France voulons-nous? Pour garantir l’unité et la cohésion nationale, tous les leviers doivent être actionnés, de l’école au monde du travail, en passant par la culture et l’éducation populaire, pour que personne ne soit abandonné au bord de la route ».

Comment mieux dire moi-même ce qui vient d’être dit et qui reflète ma propre opinion? Sinon de conclure avec Albert CAMUS dans L’Homme Révolté:

– « Nous portons en nous nos bagnes et nos ravages, mais notre tâche n’est pas de les déchaîner à travers le monde. Elle est de les combattre en nous-mêmes et dans les autres ».

NERUDA: La Maison des Fleurs

Ma maison était appelée
la maison des fleurs, parce que de tous côtés
éclataient les géraniums: c’était
une belle maison…..

Et un matin tout était en feu…

Et dès lors ce fut le feu,
ce fut la poudre,
et ce fut le sang…..

Chacals que le chacal repousserait,
pierres que le dur chardon mordrait en crachant,
vipères que les vipères détesteraient!

Pablo NERUDA Résidence sur la Terre Madrid 1936

Merci Jean Marie, toi qui n’es plus de ce monde, qui étais communiste avant que je ne le sois, et syndicaliste avec moi, de m’avoir fait découvrir P. NERUDA lors du coup d’état de Pinochet, le 11 septembre 1973, en me lisant ce poème du temps du coup d’état de Franco. La barbarie est toujours présente. Même si elle a changé de visage, « la bête immonde a toujours le ventre fécond » B.BRECHT.

Aucun autre commentaire au lendemain de ce 7 janvier après l’attentat contre CHARLIE.

ZOLA : Aucun bonheur n’est possible dans l’ignorance…

La tradition, porteuse d’une réelle forme de civilité en direction de ceux à qui elle s’adresse, consiste à présenter à la famille, à l’entourage, et même plus largement aux personnes qu’on côtoie sans vraiment les connaître, les meilleurs voeux de santé, prospérité et finalement de bonheur pour la nouvelle année. Ceci est d’autant plus notable actuellement que, d’après les sondages, les Français et les Italiens sont les nations les plus pessimistes du globe, plus pessimistes même que celles qui sont en butte à la guerre, au terrorisme ou aux oppressions diverses.

J’aime bien me référer à ce qu’en pensent ou en ont pensé les auteurs. C’est ainsi qu’en l’occurrence Emile Zola nous faisait part, dans Le Docteur Pascal, son dernier ouvrage et certainement son préféré dans la série des Rougon, de sa conception du bonheur qui s’écarte des sentiers battus et poncifs de tous ordres:

-C’est un grand bonheur certainement que de se reposer dans la certitude d’une foi, n’importe laquelle; et le pis (ajoute-t-il ironiquement) est qu’on n’est pas maître de la grâce et qu’elle souffle où elle veut.

En revanche, faut-il donc croire au rationalisme comme possibilité d’accéder à une vie heureuse?

-La science a-t-elle promis le bonheur? Je ne le crois pas. Elle a promis la vérité et la question est de savoir si l’on fera jamais du bonheur avec la vérité.

D’où l’humanisme pragmatique de Zola:

-Le seul intérêt de vivre est de croire à la vie, de l’aimer et de mettre toutes les forces de son intelligence à la mieux connaître.

Je ne peux conclure sans citer cette phrase de sa Lettre à Félix Faure, en 1899 année fatidique pour le président, en pleine affaire Dreyfus:

-Je n’ai qu’une passion, celle de la lumière, au nom de l’humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur.

En ces premiers jours de janvier, je vous souhaite donc une meilleure année que la précédente qui ne fut pas facile, sachant qu’elle dépendra pour partie, hors des leviers tels que la santé ou autres obstacles sur lesquels nous n’avons que peu de prise pour agir, des moyens que nous nous donnerons individuellement et collectivement pour que ce soit une bonne année 2015.

HUYGHE et BARBES: l’intellectuel moderne doit être polyvalent.

L’intellectuel moderne doit être polyvalent, il est capable de produire un travail « théorique », d’écrire un roman ou de faire du grand reportage, d’écrire un manifeste humanitaire, de briller par ses qualités télégéniques sur un plateau « d’Apostrophes » ou encore de réagir à chaud à un fait divers qui pose bien sûr un problème de société, de traiter de la dernière petite phrase de Barre, de peinture ou de la libération de la femme. [ La soft idéologie – Huyghes et Barbès- Ed. R. Laffont 1987] 

Je n’ai rien contre la polyvalence. Elle s’inscrit dans la tradition française de Diderot à Sartre ou Aragon en passant par Victor Hugo, Camus, mais aussi Claude Lévi-Strauss. A l’étranger de même, pour n’évoquer que la littérature hispano-américaine du XX° siècle, nous rencontrons des gens tels que Mario Vargas Llosa, Jorge Amado ou Gabriel Garcia Marquez qui, dans leurs romans, leurs conférences ou  leurs prises de position, ont posé ou posent inlassablement la question du sens dans l’univers médiatique actuel livré à l’immédiateté donc à la superficialité. Médiatisation forcenée qui fait le lit de quelques pseudo philosophes que chacun connaît, véritables dealers intellectuels,  dont l’objectif premier est de hanter les plateaux de télévision  en répandant les incantations bien en cours pour en tirer gloire factice et bénéfice substantiel auprès de ceux qu’ils ont bien servis.

Je viens de (re)lire successivement Tristes Tropiques de Claude Lévi-Strauss et Cent ans de Solitude de Gabriel Garcia Marquez,écrivains, romanciers, personnalités particulièrement reconnues, certes, mais qui illustrent parfaitement un univers (étude-reportage pour l’un, narration aux confins du fantastique et journalisme pour le second) riche de réflexions reflétant la vie dans toute sa complexité. L’éclectisme  n’est donc pas inévitablement synonyme de superficialité. Ils ont été suffisamment décriés l’un et l’autre pour avoir combattu les poncifs et autres truismes.

Si Tristes Tropiques n’est pas un roman, le livre se lit comme tel. Il n’a rien de  la thèse ou de l’exposé abscons  d’un ethnologue fraîchement issu de l’université. Il se penche sur l’observation des civilisations premières tout en ne se satisfaisant pas du constat scientifique froid et distancié. Il n’est pas autobiographique bien qu’évoquant les voyages et les réflexions personnelles de l’auteur au cours de ses incursions au sein des tribus amérindiennes. Il n’est pas purement narratif mais le récit de l’aventure vécue attise notre curiosité au fil de la lecture. Il n’est pas non plus essai philosophique bien que portant un regard aigu sur la condition humaine de façon générale.

C’est  pourquoi je ne peux que céder au plaisir de partager, avec ceux qui liront ces quelques lignes, la réflexion finale, en guise de clausule, de l’ouvrage de Claude Lévi-Strauss et les inciter à le (re)lire eux aussi:

En tant qu’ethnographe, je cesse alors d’être seul à souffrir d’une contradiction qui est celle de l’humanité tout entière et qui porte en soi sa raison. La contradiction demeure seulement quand j’isole les extrêmes: à quoi sert d’agir, si la pensée qui guide l’action conduit à la découverte de l’absence de sens? Mais cette découverte n’est pas immédiatement accessible: il faut que je la pense, et je ne puis la penser d’un seul coup. Que les étapes soient douze comme dans la Boddhi; qu’elles soient plus nombreuses ou qu’elles le soient moins, elles existent toutes ensemble et, pour parvenir jusqu’au terme, je suis perpétuellement appelé à vivre des situations dont chacune exige quelque chose de moi: je me dois aux .hommes comme je me dois à la connaissance. L’histoire, la politique, l’univers économique et social, le monde physique et le ciel même m’entourent comme des cercles concentriques dont je ne puis m’évader par la pensée sans concéder à chacun une parcelle de ma personne. Comme le caillou frappant une onde dont il annelle la surface en la traversant, pour atteindre le fond il faut d’abord que je me jette à l’eau.

Le monde a commencé sans l’homme et il s’achèvera sans lui. Les institutions, les moeurs et les coutumes, que j’aurai passé ma vie à inventorier et à comprendre, sont une efflorescence passagère d’une création par rapport à laquelle elles ne possèdent aucun sens, sinon peut-être de permettre à l’humanité d’y jouer son rôle. [Pocket Poche- coll. Terre humaine- p. 495]

  Quelle belle leçon d’humanisme publiée en 1955! La pensée de Lévi-Strauss n’a pas pris une ride et la rappeler à ceux qui nous dirigent aujourd’hui, à quelque niveau que ce soit, pourrait ne pas être inutile.

Je reviendrai dans un second temps sur un autre chef d’oeuvre incontournable, celui de Gabriel Garcia Marquez: Cent ans de solitude.

BALZAC, ROSTAND et l’ELEGANCE

« Toute la vie, ou toute l’élégance qui est la vie, réside dans la taille » ainsi s’exprimait la Muse du Département  selon Honoré de Balzac.

Fort de cet adage qui ne demandait qu’à être mis à l’épreuve, j’ai troqué mon vieux portable, téléphone propre à téléphoner et surtout à recevoir des appels aux heures des repas, contre un très élégant smartphone naturellement grande taille, tout de noir vêtu (hommage à un maître ruthénois), dénommé « rainbow » donc susceptible d’iriser l’écran de tons chatoyants et qui, toutefois, m’est rapidement apparu fait pour l’oeil plutôt que pour l’oreille.

Il faut dire qu’en cela j’avais cédé à l’affectueuse pression de mon entourage me faisant benoîtement remarquer que mon vieux Samsung était quelque peu ringard, donc moi de même, et que mon conservatisme, fort surprenant chez un adepte de principes révolutionnaires, était plutôt de mauvais aloi.

C’est dès lors, muni de mon nouvel appareil, que les choses se compliquèrent. Moi-même, comme certains de mes contemporains, demeurant contre vents et marées un inconditionnel de la chose écrite… et répugnant à pianoter aveuglément sur un clavier…, après avoir vainement cherché sur le livret quelques explications étrangement absentes, j’ai finalement dû me résoudre à me lancer dans des tâtonnements improbables.

Ainsi, « naviguant »  entre 23 heures et minuit et le smartphone m’imposant ses fantaisies, j’ai involontairement quelque peu perturbé le repos réparateur d’un certain nombre de mes « contacts »qui, au deuxième ou troisième appel, ont fort peu goûté mes prouesses numériques et m’ont voué aux gémonies de façon fort peu élégante et en grand format.

Ma consolation s’il en est une: désormais je sais approximativement utiliser un smartphone et, personnellement,je demeure convaincu, comme le déclamait Cyrano que: « Moi, c’est moralement que j’ai mes élégances » n’accordant qu’une confiance toute relative à la technologie.

Molière omniprésent

Maître Jacques »-Combien serez-vous de gens à table?

Harpagon:- Nous serons huit ou dix: mais il ne faut prendre que huit. Quand il y a à manger pour huit, il y en a bien pour dix. » L’AVARE (III,1)

Les aphorismes sont parfois comiques, surtout détournés, mais ne font rire à gorge déployée ni La Baleine, ni le Krill, ni l’ensemble  de la vie associative qui voient leurs subventions chuter de 10 à 20% alors que les élus affirment dans une conférence de presse qu’avec moins on peut faire mieux.Harpagon est toujours vivant.

N’est-ce pas d’une certaine façon traiter avec désinvolture l’investissement de tous les bénévoles et de tous les professionnels qui eux se dépensent sans compter pour faire vivre la commune?  Ce qui est vrai pour Onet l’est aussi pour le Grand Rodez, l’est aussi pour la nation dans son ensemble, l’est aussi pour l’Espagne, la Grèce, le Portugal. La liste n’est pas exhaustive.

Tout autant pourrait-on comprendre que les temps soient difficiles – pas pour tout le monde: 20 milliards aux entreprises qui continuent à licencier, subventions de la CAGR distribuées aussi à des multinationales sous prétexte de développement local- tout autant est-on en train de rendre exsangue tout ce qui fait le plaisir de la vie, rapproche les gens, valorise les cultures et tisse le lien social.

Du fait de cette marche forcenée vers les égoîsmes et le profit, on rencontre de plus en plus de gens exacerbés, vivant dans les difficultés, voire la misère, qui un jour demanderont des comptes. Et ce jour-là, je suis certain qu’on trouvera des finances pour embaucher et déployer des forces de l’ordre ayant, hélas, pour consigne de réprimer les mouvements de contestation avec tous les enchaînements de violences que cela suppose.

Nous venons d’en vivre récemment, chez nos voisins du Tarn, un épisode éloquent dû à l’autisme de certains responsables politiques: bilan un mort, des dégâts considérables et une tragédie qui auraient pu être évitée.

JAURES toujours actuel

 » Votre société violente et chaotique porte en elle la guerre comme la nuée dormante porte l’orage » s’exclamait devant la Chambre Jean Jaurès qui reste on ne peut plus actuel.

Cent ans plus tard, il est possible d’affirmer, sans se faire vilipender, que la Grande Guerre fut une véritable boucherie humaine. Plus de 8 millions de soldats furent massacrés avec pour motif essentiel l’appât du gain de grands groupes industriels et financiers masqué par des discours nationalistes. Une victoire de la brutalité sur la raison.

Nous devons pour le moins respect et devoir de mémoire à tous ceux qui sont tombés, dans les différents camps. La mémoire n’a rien d’une vague commémoration nostalgique. Elle s’inscrit dans le présent et porte valeur de témoignage pour éclairer l’avenir. Perdre la mémoire des tragédies de l’histoire, c’est ouvrir la voie aux tragédies à venir. Nous ne sommes à l’abri de rien. Il y a encore trop de guerres, de déportations de peuples, de massacres dans le monde pour que nous y demeurions insensibles et que nous restions passifs.

C’est pourquoi je suis pour le moins choqué de voir que ce 11 novembre 2014, pour le centième anniversaire de l’entrée en guerre, a donné lieu à l’ouverture de nombre de grandes surfaces et commerces qui n’ont rien à voir avec la proximité du commerce de bouche et la petite boutique du coin. Il est vrai que l’appât du gain prime toujours gravement sur les leçons de l’histoire et le civisme.

Je sais que je ne me ferai pas que des amis parmi ceux qui liront ce mot mais je pense que certaines valeurs méritent d’être rappelées sans complaisance.

François ou le pessimisme ?

« Mettez vous à genoux, remuez les lèvres et vous croirez » affirmait un certain Blaise Pascal selon Maurice Ulrich, journaliste à l’Huma. Je ne sais si la lumière divine était sensible à ce rituel et se manifestait. En revanche jeudi soir, consacrant moi-même, comme nombre de nos concitoyens, à mes propres illusions, j’ai eu beau allumer mon téléviseur, m’asseoir dans mon fauteuil et aspirer au miracle, la parole présidentielle ne m’a guère éclairé ni ouvert les voies (voix) de l’espérance.

J’ai eu plutôt l’impression d’écouter un élu territorial en quête de ficelles plus ou moins aléatoires afin de faire face à une rigueur ambiante mal maîtrisée qu’à un chef d’état porteur d’un projet de gauche, affrontant les défis et prêt à  répondre à l’urgence de la situation sociale, économique et politique plutôt qu’aux appétits insatiables de la bourse.

A Montreuil, ce weekend, Pierre Laurent s’est exclamé: » Oui,il est possible de changer de politique et de relever la France. Personne ne peut plus rester au milieu du gué face à la politique menée par le gouvernement, au contrat déchiré sous les coups de boutoir du Medef, de le Droite et du clan Le Pen. L’heure n’est plus aux divisions.Il faut élargir le Front de Gauche, poursuivre sans relâche nos efforts pour dialoguer et construire avec tous ceux qui, comme nous, sont convaincus de l’impasse actuelle. Le constat ne suffit plus, c’est à l’action et à la construction qu’il faut passer ». Nordine IDIR, secrétaire général des JC, ajoutait: « Il faut apporter des réponses immédiates et porter les germes d’une autre société ».

C’est le message d’espoir lu dans l’Huma de ce lundi 10 novembre.

Candide ou l’optimisme ?

« Candide, en retournant dans sa métairie, fit de profondes réflexions…et dit à Pangloss….Je sais qu’il faut cultiver notre jardin ». Sage maxime à considérer tant dans son acception première que dans sa portée métaphorique.

En effet, »les grandeurs, dit Pangloss, sont fort dangereuses selon les rapports de tous les philosophes ». Les grandeurs: « Importance sociale, politique, » avec pour corollaire  » gloire, pouvoir, puissance » (selon le Robert) sont bien souvent des leurres qui participent de la foire aux vanités.

Quand je lis dans la presse que les uns, plongeant dans le milieu d’où je sors et auquel ils n’ont accédé que depuis peu, accusent les autres de « visées politiciennes » dès que certaines décisions ne vont pas dans leur sens, que font-ils donc eux-mêmes et pourquoi y sont-ils venus? La casuistique a encore de beaux jours qui l’attendent.

Il est souvent préférable, même si on y a été poussé par les événements, en l’occurrence les électeurs dans leur grande sagesse, de s’en remettre à la relecture des classiques et de revenir travailler son jardin car si parfois ça fait un peu mal au dos, ça clarifie les concepts et permet de prendre du recul « dans le meilleur des mondes possibles ».

Visite: l’outrenoir au musée Soulages

D’abord pour reprendre mon propos antérieur:

 » Je ne vais pas commencer à dire tout ce dont je me rappelle car j’aurais l’air d’avoir oublié le reste. »

Ainsi s’exprimait Jacques Derrida qui avait côtoyé Nathalie Sarraute  alors qu’il était assistant à l’université de Paris (1960-1964). Continuité dans la pensée mais aussi sage précaution qui me convie moi-même à une forme de réserve.

J’ai invité celui que je considère comme mon maître universitaire – et depuis cette époque ami qui m’est resté très cher-, Georges Maurand ex-professeur titulaire de la chaire de sémio-linguistique à l’Université du Mirail ( devenue depuis  Université Jean Jaurès), à venir visiter les musées de Rodez. Il connaissait déjà et aimait particulièrement le musée Fenaille dont les statues-menhirs furent source des premiers chocs émotionnels de Pierre Soulages. Nous y avons consacré la fin de matinée, guidés par les commentaires compétents et scientifiques d’Aurélien. Pas le temps  malheureusement de nous rendre à Denys-Puech.

A 14h30, visite du musée Soulages avec un groupe de Montpellier connaissant bien  les outrenoirs du musée Fabre  et enchanté de leur présentation enrichie des exposés très littéraires et très pédagogiques de Benoît.

Georges ne connaissait pas vraiment Soulages et était plutôt sceptique en entrant. Or, dès son premier contact avec les polyptyques renvoyant les diverses nuances colorées,c ‘est le choc émotionnel qui a prévalu et s’est perpétué tout au long de la visite. Lui-même, et sa fille Christine qui l’accompagnait, ont quitté Rodez sur l’impression d’une découverte, d’un réel enrichissement personnel. Ils sont partis confortés dans l’idée que c’est bien dans les yeux du spectateur que s’opère la magie de la confrontation entre le noir, la lumière et toutes les nuances intermédiaires.

Le musée Soulages et les musées de Rodez connaissent une fréquentation que nombre d’élu(e)s, lorsque nous nous sommes prononcés pour la réalisation du musée sur proposition de Marc Censi, se refusaient à envisager. Je suis heureux d’avoir, dès le début, participé à ce choix qui est pour Rodez et notre département synonyme d’une reconnaissance qui bat en brèche l’ironie de l’expression journalistique « ville située au milieu de nulle part ». Et si, comme le dit un élu et non des moindres, « un match à Paul Lignon attire plus de monde en un dimanche que le musée Puech en un an », cela dénote une confusion des genres qui conduit à marier la carpe et le lapin. J’aime  et respecte le rugby. J’aime aussi l’art. Mais pour reprendre la métaphore, les deux ne jouent pas dans la même division. En matière de rayonnement artistique, Rodez est désormais en première division. Quant au rugby, je lui souhaite d’y accéder dans les années à venir.